PROPULSEURS NEOLITHIQUES

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KROM
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Les propulseurs Néolithiques
Denis Ramseyer, 2000.

L’utilisation du propulseur par les Néolithiques des lacs suisses est une hypothèse à retenir bien que les découvertes de pièces munies de crochet ayant pu avoir été utitisées dans ce sens restent pour l’instant extrêmement rares et difficilement interprétables.
Nous retiendrons une dizaine d’exemplaires particuliers : certains d’entre eux ont déjà été publiés, d’autres sont signalés pour la première fois. Quatre pièces allongées en bois munies d’un manche et d’une extrémité recourbée, d’une longueur totale de 12 cm pour la seule qui soit complète et encore mesurable, ont été découvertes sur la rive sud du lac de Bienne. Deux de celles-ci proviennent
de Luscherz BE, appartiennent à d’anciennes collections et sont sans attribution stratigraphique précise. Un des objets a été publié par V. Gross en 1879;
le second, fragmenté, est conservé au Musée National de Zurich.
Deux autres pièces similaires ont été découvertes à Vinelz BE : l’une est en chêne
(Quercus), fragmentée, malheureusement sans contexte stratigraphique (ancienne collection déposée au Musée Historique de Berne). Trois silex sont insérés dans la partie médiane, formant une sorte de couteau. Un autre exemplaire de Vinelz, entier, est en hêtre (Fagus): il provient d’une fouille récente (1986-1987) et est daté des environs de 2650 avant I.-C. (civilisation Saône-Rhône). On mentionnera la présence sur cette pièce de petits trous disposés en ligne sur la tranche de la partie médiane et qui ont servi à l’insertion de silex. j. Winiger les interprète comme propulseurs munis de silex destinés à dépecer la bête que le chasseur venait de tuer. Ce genre d’aménagement nous paraît curieux dans le cas d’un propulseur et
peut sembler dangereux pour son utilisateur.
Les quatre pièces décrites ci-dessus, font plutôt penser à des faucilles bien que le crochet paraisse court et assez fermé pour avoir servi à rassembler les tiges des céréales à couper.
L’auteur qui a publié cet ensemble a d’ailleurs très prudemment posé le problème, en intitulant son article : « Propulseur ou faucille ? » (Winiger 1987). Pour notre part, nous les classons dans la seconde catégorie.
Trois autres objets insolites façonnés sur merrain de cerf, provenant du lac de Zurich, sont munis d’un crochet à une extrémité (Bill,1981). Le premier, découvert à Obermeilen en 1933, est travaillé avec soin, entièrement poli et décoré d’incisions géométriques (fig. 5:5). On ne connaît pas son contexte stratigraphique précis, mais on peut penser qu’il appartient à une phase du Bronze ancien. Deux autres découvertes plus récentes, effectuées en I975 sur le site tout proche de Meilen / Schellery lors de recherches subaquatiques, présentent une analogie évidente avec la première : une des pièces est plus fruste que celle d’Obermeilen alors que l’autre est à l’état d’ébauche. Ces deux dernières sont attribuées au Néolithique moyen
(culture de Pfyn). Les trois objets ont pratiquement la même dimension : 16,3 crn, 17,7 cm et 18,8 cm de longueur. Si leur utilisation prête à discussion il est évident qu’ils ont eu tous les trois la même fonction. L’hypothèse d’un crochet de ceinture a été évoquée, mais celle de propulseur est également envisageable. Une
autre fonctiorn non identifiée, reste cependant possible.
Enfin on mentionnera la présence de crochets, dont la fonction n’est pas clairement
définie : l’épine sacrale de bæuf, trouvée à Portalban sur la station II (fig. S :6), sans aménagement particulier a-t-elle pu être utilisée comme propulseur ? Si un crochet en bois de cerf provenant de la même station a été interprété
comme crochet de ceinture (Ramseyer,1990 :321), l’hypothèse d’un crochet de propulseur doit également être retenue (fig. 5:7). Des neuf objets mentionnés ci-dessus, ce dernier est probablement le plus intéressant et le plus crédible. Il présente en tout cas toutes les caractéristiques habituelles d’un tel engin : matière
première utilisée, forme générale de l’objet dimension usure sur la face plane aménagée devant le crochet. De plus, les deux perforations sur l’extrémité opposée au crochet ont fort bien pu servir à la ligature de la poignée de rallonge.
Les collections archéologiques et ethnographiques montrent qu’il existe une grande variété de propulseurs à travers le monde et il est donc possible que les différents instruments à crochet en os et en bois de cerf mentionnés aient effectivement pu fonctionner comme tels.
On rappellera enfin que dans le passé, certaines populations (précolombiennes notamment) ont utilisé à la fois l’arc et le propulseur, ce qui a également pu avoir été le cas des Néolithiques établis dans les zones humides d’Europe occidentale.